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Little Richard: la facture qu’ on ne lui a jamais réglée
Si Sam Cooke a compris le piège trop tard, Little Richard, lui, l’ a vécu de l’ intérieur pendant trente ans, avec une rage qui ne s’ est jamais éteinte.
Il suffit d’ écouter les dix premières secondes de Tutti Frutti pour comprendre ce que cet homme a donné au monde: un cri, un piano martelé comme une mitraillette, une joie scandaleuse et théâtrale qui allait nourrir les Beatles, les Rolling Stones, Jimi Hendrix, Prince. Et pourtant, en 1984, alors que ces mêmes groupes vendaient des stades entiers en reprenant des bribes de son langage, Little Richard se retrouvait à intenter un procès réclamant 115 millions de dollars de royalties impayées. Il avait déjà quitté Specialty Records, furieux, vingt-cinq ans plus tôt. La bataille, elle, ne s’ était jamais arrêtée.
Flashmag! Issue 174 July 2026
Imaginez l’ absurdité de la scène: l’ homme qui a littéralement inventé le cri fondateur du rock’ n’ roll, obligé, à plus de cinquante ans, de frapper aux portes des tribunaux pour réclamer une part équitable de ce que son propre génie avait produit— pendant que des artistes blancs, qui avaient repris ses chansons avec des versions plus « digestes » pour les radios de l’ époque, continuaient d’ en récolter une gloire et des droits que lui-même n’ a jamais pleinement touchés.
Little Richard
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Le scandale, ici, ne tient pas à un contrat signé sous la contrainte. Il tient à quelque chose de plus insidieux: l’ industrie a longtemps considéré comme normal que l’ on paie un artiste noir pour créer, mais jamais pour posséder. On lui demandait l’ énergie, le corps, l’ invention, le risque scénique. On gardait, ailleurs, les masters, les catalogues, les décennies de royalties à venir.
Phyllis Hyman: la voix qu’ on a refusé d’ écouter jusqu’ au bout
Il existe une autre forme d’ exploitation, moins spectaculaire que les masters volés, mais tout aussi dévastatrice: celle qui consiste à exiger d’ un artiste qu’ il devienne quelqu’ un d’ autre pour rester vendable. Et il n’ existe sans doute pas d’ exemple plus déchirant que celui de Phyllis Hyman. Sa voix était un instrument à part: un contralto ample, dramatique, capable d’ habiter aussi bien le jazz feutré que la grande scène de Broadway— elle décrochera d’ ailleurs une nomination aux Tony Awards pour son rôle dans Sophisticated Ladies, l’ hommage musical à Duke Ellington.