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Mais chez Arista, le label avec lequel elle enregistre à partir de la fin des années 1970, son ambition artistique— plus jazz, plus adulte, plus complexe— se heurte sans cesse aux exigences d’ un marché qui réclame du « crossover » immédiat. Des années de litiges contractuels la maintiennent piégée, incapable d’ enregistrer ailleurs, jusqu’ à ce qu’ elle parvienne enfin, en 1985, à rejoindre Philadelphia International Records.
Mais le prix payé entre-temps a été immense. Hyman souffre de troubles bipolaires et de dépression, diagnostiqués dès les années 1980. Pour tenir, elle s’ appuie sur l’ alcool et la cocaïne. En mai 1993, en l’ espace de vingt-huit jours seulement, elle perd sa mère, sa grandmère et une amie proche. Une amie se souviendra: « Elle pleurait beaucoup. » Une autre confiera que Hyman avait déjà tenté de mettre fin à ses jours deux fois auparavant, et qu’ elle parlait souvent de la mort comme d’ un droit qui lui appartenait— « si elle n’ aimait pas la douleur, si elle n’ aimait pas sa vie, elle avait le droit d’ en sortir », expliquera sa proche Glenda Garcia.
Le 30 juin 1995, six jours avant son quarante-sixième anniversaire, Phyllis Hyman absorbe un mélange de somnifères et de vodka dans son appartement de New York. Elle est retrouvée inconsciente à 14 heures— quelques heures seulement avant un concert prévu ce soir-là à l’ Apollo Theater, la scène la plus sacrée de Harlem. Elle meurt à l’ hôpital en début de soirée. Elle laisse une note: « Je suis fatiguée. Je suis fatiguée. Ceux que j’ aime savent qui ils sont. Que Dieu vous bénisse. » Ce soir-là, à l’ Apollo, le spectacle a quand même lieu. Le groupe The Whispers, programmé en première partie, hésite à monter sur scène. Une employée du théâtre les convainc: « Elle leur dit que Phyllis aurait voulu qu’ on continue, et je crois que c’ est vrai », racontera l’ un des membres du groupe. Ils jouent leurs morceaux les plus festifs devant une salle en larmes, entourant la famille de Hyman venue, ce jour-là, pour célébrer son anniversaire. Cinq mois plus tard sort, à titre posthume, l’ album qu’ elle avait fini de peaufiner juste avant sa mort: I Refuse to Be Lonely. Les critiques, en l’ écoutant, ont la chair de poule. Un journaliste du Chicago Tribune écrira qu’ aucun artiste, dans l’ histoire de la musique, n’ avait sans doute jamais produit un disque entier qui « préfigure aussi hauntingly sa propre fin ». Son collaborateur et coauteur Gordon Chambers ira plus loin: « Avec le recul, une grande partie de ce qu’ on a écrit ensemble, c’ étaient ses adieux. C’ est presque glaçant d’ entendre Why Not Me? aujourd’ hui, parce que c’ est littéralement son testament. »
Phyllis Hyman
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Flashmag! Edition 174 Juillet 2026