Flashmag! Issue 172 Mai 2026 Flashmag! Issue 172 Mai 2026vFlashmag! Numéro 172 Mai 2026 | Page 30

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elle raconte sa vie— le wagon de queue à Saint-Louis, Paris et la liberté retrouvée, le retour en Amérique et les humiliations recommencées— et lance à la jeunesse une exhortation qui reste d’ une actualité brûlante:“ Je voudrais que vous ayez les opportunités que j’ ai eues, sans que vous ayez pour cela à fuir votre pays. Vous devez aller à l’ école et apprendre à vous défendre. Un stylo est plus puissant qu’ une épée”. Ces mots sont d’ autant plus forts qu’ ils viennent d’ une femme qui a elle-même dû fuir pour être libre. Mais Joséphine Baker refuse que sa liberté reste un privilège individuel. Elle veut transformer son expérience en exigence collective. La France lui a offert ce que l’ Amérique lui refusait— et elle en fait un argument, non pour glorifier la France, mais pour dire: ce monde est possible, il faut le construire ici, maintenant, sans attendre.
Flashmag! Issue 172 May 2026
L’ ART COMME FOI · UNE PHILOSO- PHIE Ce que la scène lui a appris du monde
Tout au long de sa carrière, Joséphine Baker a refusé de séparer l’ art de la vie, la scène de la rue, le spectacle de la politique. Pour elle, danser était un acte moral: offrir sa joie au monde, forcer les préjugés à reculer sous l’ évidence d’ un corps libre et rayonnant, prouver par le geste ce que les discours peinaient à démontrer. Elle parlait souvent de l’ art en termes d’ amour et de don— jamais de technique, jamais de virtuosité. Ce qui importait, c’ était la sincérité, l’ humanité brute qui passe d’ un corps à une salle, d’ une voix à une oreille.
Josephine Baker avec son Guépard

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Un violoniste avait un violon, un peintre sa palette. Tout ce que j’ avais, c’ était moi-même. J’ étais à la fois l’ instrument et la musique. Je n’ ai jamais vraiment été une grande artiste. J’ ai été un être humain qui a aimé l’ art, ce qui n’ est pas la même chose. Mais j’ ai tellement aimé et cru à l’ art et à l’ idée de fraternité universelle, que j’ y ai mis tout ce que j’ ai, et j’ ai été bénie. Sur le racisme et le métissage, elle avait des convictions qui choquèrent autant qu’ elles inspirèrent. Elle ne croyait pas à la séparation des peuples— non par idéalisme naïf, mais parce que sa propre existence, issue d’ un père blanc et d’ une mère noire, était la preuve vivante que le mélange était possible, naturel, nécessaire. Je pense qu’ ils doivent mélanger le sang, sinon la race humaine est vouée à dégénérer. Mélanger le sang est merveilleux. Cela fait des hommes forts et intelligents. Enlève les esprits fatigués.