Flashmag! Issue 171 April 2026 Flashmag! Issue 171 April 2026 Flashmag! Numéro 171 Avril 2026 | Page 29

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Je dois également mentionner Madame Thérèse Léotin, gardienne de la langue créole, qui m’ a aidée à orthographier correctement le titre en créole martiniquais.
Vous avez réuni des inconnus autour d’ une discussion sur le préjudice de couleur, en articulant document historique et expérience personnelle récente. Comment avez-vous construit ce dispositif— et avez-vous été surprise par la vulnérabilité des participants? Le dispositif est né directement de l’ expérience du Meetup. Je voulais quelque chose de convivial. Sans lieu précis au départ, j’ ai activé mes contacts, ce qui m’ a menée à Thomas Léveillé, propriétaire du Barber Studio à Paris XIe. Dès que je lui ai expliqué mon projet, il a voulu participer à la table ronde— et m’ a offert un lieu visuellement bien plus riche que ce que j’ envisageais, avec en prime un studio d’ enregistrement musical en en second décors. Pour les participants, j’ ai travaillé comme pour un focus group marketing: ils savaient qu’ on allait discuter de couleur de peau et de métissage avec des inconnus, mais ils ignoraient que je leur présenterais un document historique. C’ était voulu— la surprise devait amorcer les échanges. La difficulté était de les mettre à l’ aise, de les amener à se dévoiler. J’ ai dû moi-même m’ impliquer, me dévoiler en premier, créer un safe space. Les interviews individuelles venaient ensuite, et dans cet ordre, les récits étaient bien plus authentiques. Je ne savais pas ce que j’ allais obtenir— j’ ai eu une chance incroyable: des témoignages singuliers, radicalement différents les uns des autres. C’ est cette diversité de profils qui rend le film unique.
Flashmag! Edition 171 Avril 2026
Colorisme & Héritages coloniaux
Votre film montre que la couleur de peau peut être à la fois un privilège et un handicap. Comment définissez-vous ce privilège de couleur, et comment a-t-il structuré certaines trajectoires dès l’ époque esclavagiste? C’ est une fabrication sociétale: la personne noire construite comme inférieure, la personne blanche comme supérieure. J’ en ai eu une conscience très tôt, notamment à travers mon père. Ma grand-mère disait d’ elle-même qu’ elle était moche parce qu’ elle était noire— dur à entendre pour une enfant de huit ans. Mon père souhaitait qu’ on n’ ait aucun lien visuel avec l’ Afrique, mais voulait que mon frère garde son afro.
L’ archive de l’ ancêtre de Melissandre, affranchi en 1948, nommé MONNATUS

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