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Le retrait du Golfe: la fin du pacte de sang contre le pétrole
La troisième fracture est militaire et stratégique. Elle est, à court terme, la plus déstabilisante. Pendant quatre décennies, la présence militaire américaine dans le Golfe persique reposait sur une logique d’ une clarté brutale: les États-Unis garantissaient la survie des monarchies pétrolières— Arabie saoudite, Émirats, Koweït, Bahreïn— en échange du maintien du pétrodollar et d’ un accès prioritaire aux ressources énergétiques de la région. Des bases militaires colossales à Al-Udeid au Qatar, à Bahreïn où est stationnée la Cinquième flotte, aux Émirats arabes unis: autant de matérialisations concrètes de cette garantie de sécurité. Ce pacte s’ est fissuré sous l’ effet d’ une révolution énergétique américaine. La percée du pétrole et du gaz de schiste, à partir de 2008, a transformé les États- Unis en premier producteur mondial d’ hydrocarbures dès 2018, position qu’ ils n’ avaient pas occupée depuis les années 1970. En 2023, les États-Unis exportaient plus de pétrole qu’ ils n’ en importaient. La dépendance énergétique au Golfe— fondement géopolitique du pacte— avait disparu. Et avec elle, une large partie de la motivation à maintenir une présence militaire coûteuse dans une région géographiquement lointaine. La conséquence logique ne s’ est pas fait attendre.
Les monarchies du Golfe ont senti le vent tourner. L’ accord de normalisation entre l’ Arabie saoudite et l’ Iran, négocié à Pékin et annoncé en mars 2023 sous médiation chinoise, a constitué un signal sismique: le principal allié arabe des États-Unis choisissait la Chine comme médiateur pour normaliser ses relations avec son principal ennemi régional. Ce n’ était pas une rupture avec Washington. C’ était une diversification stratégique— le signe que Riyad ne s’ alignait plus automatiquement sur les priorités américaines. Les Émirats arabes unis ont suivi une trajectoire parallèle, multipliant les partenariats avec Pékin dans les technologies, les ports, les investissements industriels. Bahreïn, Oman, le Qatar: tous ces États maintiennent formellement leurs alliances avec les États-Unis tout en construisant discrètement des alternatives. Le Golfe n’ est plus un protectorat américain. Il est devenu un marché diplomatique, où les puissances se disputent l’ influence à coups d’ investissements et de garanties, non plus à coups de présence militaire exclusive.

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