12
Flashmag! Issue 171 April 2026
Israël dans la tempête: ambitions et vulnérabilités
Dans ce paysage recomposé, Israël joue un rôle central et ambigu qui mérite d’ être analysé sans complaisance ni diabolisation. L’ État hébreu est, depuis sa fondation, une puissance dont la sécurité repose sur trois piliers: la supériorité militaire conventionnelle sur tous ses voisins, un arsenal nucléaire non déclaré mais universellement reconnu, et le soutien inconditionnel des États-Unis. Ces trois piliers ont fonctionné de concert pendant soixante-dix ans. Mais le contexte dans lequel ils opèrent s’ est profondément modifié. L’ Iran nucléaire représente pour une partie du spectre politique israélien une menace existentielle non pas tant opérationnelle qu’ architecturale: un Iran doté de l’ arme atomique modifie irréversiblement les équilibres régionaux, couvre ses proxies d’ un parapluie dissuasif, et érode la supériorité stratégique absolue qu’ Israël a maintenue depuis 1948. C’ est pourquoi les gouvernements israéliens successifs— de Sharon à Netanyahou— ont fait de la neutralisation du programme nucléaire iranien une priorité stratégique absolue, au point de réaliser des opérations de sabotage, d’ assassinats ciblés de scientifiques, et de frappes militaires répétées sur des cibles iraniennes en Syrie. Mais il existe dans la politique israélienne actuelle une autre logique, plus contestée et plus inquiétante pour la stabilité régionale: celle d’ une recomposition territoriale maximale, portée par des formations politiques qui défendent ouvertement l’ annexion de la Cisjordanie, le rejet de tout État palestinien, et une vision expansionniste du“ Grand Israël” fondée sur des références bibliques. Cette vision, minoritaire dans la société israélienne mais dominante dans la coalition gouvernementale formée en 2022, suppose implicitement la désintégration ou la neutralisation durable des États voisins. Et elle crée, autour d’ Israël, une hostilité régionale croissante qui nourrit en retour les réseaux de proxies iraniens.
Venezuela, Cuba, Sahel: les fantômes vivants de la résistance.
Il serait une faute analytique de réduire le bloc anti-hégémonique à ses grands acteurs— Chine, Russie, Iran. Sa force vient aussi de sa périphérie: des États que l’ on croyait condamnés et qui persistent, des régimes que l’ on pensait isolés et qui se fédèrent.
12