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Pourquoi les Américains ne prennent-ils pas ces emplois?
Flashmag! Issue 169 February 2026
La question est légitime. Si ces emplois existent, pourquoi les travailleurs américains ne se précipitent-ils pas pour les occuper? La réponse est simple, mais elle dérange: ces emplois sont pénibles, instables, mal rémunérés, sans perspective de mobilité sociale. Ce sont des travaux que même les Américains les plus pauvres refusent quand ils ont le choix. Et ils ont le choix. Pas un choix confortable, mais un choix quand même. L’ assurance chômage, l’ aide alimentaire, Medicaid— ce filet de sécurité minimal permet de dire non à des conditions jugées indignes. Ce n’ est pas de la paresse. C’ est un calcul rationnel de survie. Le problème n’ est pas le manque de volonté de travailler. C’ est la dévalorisation systémique du travail lui-même.
La vérité qu’ on n’ ose pas dire: contraindre plutôt que réformer
C’ est ici qu’ apparaît une ligne rarement assumée publiquement, mais qui sous-tend de nombreuses politiques actuelles. Si les immigrés disparaissent durablement, le système devra contraindre la main-d’ œuvre locale pauvre à accepter ces emplois sous-payés. Comment? Par deux leviers politiques clairs: D’ abord, réduire les aides sociales. Rendre toute alternative à ces emplois économiquement impossible. Si vous ne pouvez plus survivre sans travailler, vous accepterez n’ importe quel travail, même dans des conditions dégradées. Ensuite, déréguler le droit du travail. Abaisser les standards plutôt que de revaloriser les salaires. Élargir le vivier de main-d’ œuvre exploitable. Les récentes lois adoptées dans plusieurs États, dont la Floride, illustrent parfaitement cette logique. On y abaisse l’ âge légal du travail, on contourne les protections pour permettre à des adolescents d’ occuper des emplois pénibles et dangereux. Incapable— ou refusant— d’ améliorer les conditions de travail, le système élargit simplement le bassin de travailleurs exploitables. Ce n’ est pas une politique de dignité. C’ est une politique de contrainte.
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