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Le mythe du grand départ
Une idée revient avec insistance dans les discours politiques: faire partir les immigrés libérerait des emplois pour les Américains et améliorerait les salaires. L’ histoire a testé cette théorie. Plusieurs fois. Le résultat est toujours le même. Dans les années 1960, la fin du programme Bracero, qui faisait venir des travailleurs mexicains dans les champs américains, devait protéger l’ emploi national. Même scénario: pénuries de main-d’ œuvre, hausse des coûts, baisse de la production. Avant cela, l’ opération Wetback de 1954 avait déjà conduit à l’ expulsion de milliers de travailleurs immigrés, sans jamais réussir à les remplacer par des Américains de la classe ouvrière.
Les coupes dans les aides sociales décidées par l’ administration Reagan dans les années 1980 n’ avaient pas davantage fonctionné, forçant le président républicain à signer une loi d’ amnistie légalisant des millions de travailleurs immigrés sans papiers. La fermeture des frontières en 2020, pendant la crise sanitaire, a démontré une fois de plus cette dépendance. Malgré le chômage massif, les employeurs n’ ont jamais réussi à recruter des travailleurs natifs pour remplacer les immigrés absents. La crise migratoire actuelle, qui pousse les étrangers sans papiers à quitter les États Unis, pourrait à terme provoquer l’ effondrement de secteurs entiers. Certains responsables politiques pourraient alors tenter de réduire ou supprimer les EBT cards et les tickets alimentaires pour contraindre les Américains les plus pauvres à accepter les emplois abandonnés par les migrants, en s’ appuyant sur les précédents des coupes sociales des années 1980 et de la réforme Clinton de 1996, qui conditionnait déjà l’ aide au travail. Un tel scénario viserait à remplacer la main d’ œuvre immigrée par une main d’ œuvre native forcée, mais il provoquerait une crise sociale majeure et une opposition politique massive. Le départ des immigrés n’ a jamais créé l’ embellie économique promise. Jamais.
Flashmag! Edition 169 Fevrier 2026
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