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Le piège tendu aux Noirs américains
Dans certains quartiers de Detroit, de Baltimore ou d’ Atlanta, un phénomène étrange s’ observe: une partie de la communauté afro-américaine semble soutenir des politiques migratoires restrictives. Pour comprendre, il faut regarder l’ histoire. Les Noirs américains ont été historiquement cantonnés aux emplois les plus pénibles, les plus précaires. Aujourd’ hui, après des décennies de lutte pour la reconnaissance et la mobilité sociale, certains perçoivent l’ arrivée de travailleurs immigrés comme une concurrence directe dans ces mêmes emplois. Ce sentiment n’ est pas un rejet instinctif de l’ autre. C’ est le fruit d’ une mise en concurrence organisée par le système économique, qui oppose des populations vulnérables entre elles au lieu de remettre en cause la structure qui produit la précarité.
Le conflit réel n’ oppose pas migrants et Noirs américains. Il oppose les classes populaires à un ordre économique qui prospère sur leur division. Et lorsqu’ on parcourt les réseaux sociaux, on a l’ impression d’ assister à une querelle de damnés de la terre dans la plantation du maître. Le house negro regardant d’ un mauvais œil le besogneux immigrant qui, ici, n’ est rien d’ autre que le field negro. Celuici semble parfois mieux comprendre sa situation précaire et s’ organise pour bâtir un rêve de liberté et de prospérité plus solide: en investissant dans l’ éducation de ses enfants, ou en construisant un avenir dans son pays d’ origine, afin que les sacrifices de ses multiples privations dans l’ enfer américain contribuent à un idéal qu’ il se définit lui-même. Ces réussites des immigrants créent un inconfort chez certains locaux, qui devient souvent un moteur essentiel du sentiment anti-immigration. Les politiciens le savent et l’ exploitent pour haranguer les foules. C’ est honteux, mais ça marche. L’ exemple de la stigmatisation des Juifs dans l’ Allemagne nazie illustre clairement ce mécanisme. Leur réussite sociale était présentée comme une preuve qu’ ils étaient des « sangsues du pays ». La même rhétorique se répète aujourd’ hui, avec d’ autres cibles.
Flashmag! Edition 169 Fevrier 2026
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