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« Décider d’ entrer en guerre, c’ est signer un arrêt de mort par milliers. Quand on cesse de montrer les morts, on cesse de comprendre ce que l’ on signe. »
Il y a eu un avant
Le 8 juin 1972, une jeune photographe de l’ Associated Press, Nick Ut, photographie une fillette de neuf ans qui court nue sur une route du Vietnam, le dos dévoré par le napalm. La photo fait le tour du monde. Elle change l’ histoire. L’ opinion publique américaine, qui hésitait encore, bascule définitivement contre la guerre. Le Congrès vote l’ arrêt des bombardements sur le Cambodge. Kim Phuc, la fillette, est encore vivante aujourd’ hui— et s’ en souvient. Voilà ce que peut faire une image vraie. Voilà ce que peut faire un journalisme qui ne détourne pas les yeux. Mais depuis, quelque chose s’ est cassé. Depuis la guerre du Golfe en 1991, les armées occidentales ont inventé le système des“ journalistes embarqués”— les fameux embedded reporters. Intégrés aux unités militaires, nourris, logés, protégés par elles, ces journalistes voient la guerre depuis l’ intérieur d’ un tank. Ils rapportent ce qu’ on leur autorise à rapporter. Le reste— les villages éventrés, les hôpitaux débordants, les charniers— reste hors champ..
Le saviez-vous? Pendant la guerre d’ Irak( 2003 – 2011), le gouvernement américain a interdit toute photographie des cercueils de soldats américains rapatriés. L’ interdiction, officiellement“ par respect pour les familles”, a été levée en 2009— après six ans de guerre et 4 400 morts américains. Les morts irakiens, estimés entre 100 000 et 200 000 civils selon les sources, n’ ont jamais fait l’ objet d’ un comptage officiel.
Flashmag! Edition 173 Juin 2026
La guerre devient un jeu vidéo Allumez n’ importe quel grand journal télévisé lors d’ un conflit armé. Vous verrez: des cartes en 3D avec des flèches animées. Des experts militaires en costume qui parlent de“ lignes de défense” et d’” axes d’ avancée”. Des images de drones filmant des explosions depuis le ciel— propres, silencieuses, presque esthétiques. Et des formules qui reviennent comme des refrains:“ frappe chirurgicale”,“ dommages collatéraux”,“ neutralisation de cibles”.“ Dommages collatéraux.” Trois mots pour ne pas dire: des enfants morts sous les décombres.
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