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Oui, l’ histoire de la ségrégation, de l’ accès inégal au capital et au droit, a façonné un système où des cadres blancs ont historiquement tiré le plus grand profit du génie noir. Mais non, la couleur de peau d’ un manager, d’ un producteur ou d’ un dirigeant ne garantit en rien la justice. Lorsqu’ un intermédiaire noir reproduit les mêmes mécanismes qu’ une structure prédatrice— contrats opaques, commissions écrasantes, confiscation des masters, intimidation— il ne libère personne. Il perpétue, simplement avec un visage plus familier, le système qu’ il prétend combattre.
Flashmag! Issue 174 July 2026
Le piège, ici, est avant tout émotionnel. On demande à l’ artiste de faire confiance à quelqu’ un « du même quartier », « de la même église », « de la même couleur ». Cette proximité peut être sincère et précieuse. Mais elle ne devrait jamais se substituer à un contrat limpide, un avocat réellement indépendant, une comptabilité que l’ on peut vérifier, et surtout, le droit absolu de dire non.
L’ illusion de l’ indépendance et le retour discret des grands groupes
Aujourd’ hui, beaucoup d’ artistes croient avoir enfin contourné l’ ancien système grâce aux réseaux sociaux. Ils s’ autoproduisent, se distribuent eux-mêmes, deviennent viraux sans jamais signer le moindre contrat avec une major. C’ est, en partie, une réelle avancée. Mais cette indépendance reste souvent suspendue à un fil: celui des plateformes qui contrôlent l’ accès au public, des algorithmes qui changent leurs règles sans préavis, des agrégateurs qui détiennent, en pratique, les clés de la diffusion. Les grandes maisons de disques n’ ont d’ ailleurs plus toujours besoin de signer un artiste à ses débuts: il leur suffit désormais d’ attendre que TikTok ou Spotify désignent les futurs gagnants, puis de revenir leur proposer une distribution, un partenariat— ou un rachat pur et simple. L’ examen réglementaire européen entourant le projet de rachat de Downtown Music par Universal a, ces derniers mois, ravivé ces inquiétudes autour de la concentration croissante d’ un secteur que l’ on croyait pourtant en voie de démocratisation. Le mot « indépendant », à lui seul, ne suffit donc plus à garantir quoi que ce soit. Un artiste n’ est réellement libre que s’ il peut répondre, sans hésitation, à cinq questions simples: qui possède ses masters? Qui possède son édition? Qui contrôle ses données?
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BONEY M