Flashmag! Issue 173 Juin 2026 Flashmag! Numéro 173 Edition 173 Juin 2026 | Page 14

14
Alors que Faire?
Des journalistes résistent. Les reporters de guerre indépendants— souvent sans les ressources des grands groupes médiatiques, souvent en danger— continuent d’ aller là où les caméras ne vont pas. Marie Colvin, tuée à Homs en 2012, avait dit un jour:“ Mon travail consiste à être les yeux et les oreilles du monde sur des souffrances que les puissants préféreraient que l’ on n’ entende pas.” Elle avait raison. Et elle est morte pour l’ avoir fait.
Flashmag! Issue 173 June 2026
Des photographes comme Lynsey Addario, des reporters comme Rania Abouzeid continuent de mettre des visages sur des statistiques. Des médias indépendants, des ONG comme Airwaves ou Forensic Architecture reconstituent, image par image, des crimes de guerre que les communiqués officiels avaient soigneusement escamotés. Mais ils nagent à contre-courant. Le modèle économique de l’ information— la course au clic, à l’ audience, à la réaction immédiate— favorise le spectaculaire propre( l’ explosion vue du drone) plutôt que le difficile et le sale( l’ hôpital de campagne, le camp de réfugiés, le corps sous les décombres).
De la Rome antique aux conflits contemporains, le récit de la guerre a souvent privilégié la stratégie, la gloire ou la justification idéologique au détriment de la souffrance humaine. Si le XXesiècle a parfois permis de dévoiler l’ horreur— notamment au Vietnam— le journalisme contemporain tend à revenir à une logique de géostratégie, de langage technique et de hiérarchisation des vies. Or, décider d’ entrer en guerre reste l’ acte politique le plus grave: c’ est accepter de condamner des êtres humains à la mort. En cessant de montrer cette réalité, la presse contribue à banaliser la guerre, à la rendre acceptable, presque normale.

14