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indécente. Cette désinformation a été si bien répandue qu'elle passe pour la vérité. Cependant la réalité de l'esclavage transatlantique se tient dans une lâche agression.
Bien accueillis à partir de 1400 , des aventuriers européens, portugais pour les premiers, ont renseigné leurs rois sur l'hospitalité et l'absence d'armes à feu sur ce continent. Alors ils ont détruit les royaumes et civilisations d'Afrique par des attaques incessantes, et cela pendant des siècles. Malgré les résistances des africains, les mercenaires européens ont envahi les territoires, construit des forts le long des côtes, dépeuplé les régions en tuant et en enlevant des gens. Les rescapés de toutes ces razzias se sont vus réduits à l'état de populations traumatisées, égarées, affaiblies. Leurs descendants intoxiqués par des mensonges ont fini par croire leurs aïeux coupables d'avoir vendu leurs frères, sœurs, parents et enfants.
Il est temps de rétablir la vérité :
Les Africains sont les victimes d'une agression qui s'est déroulée sur leur sol, sur la mer, à l'étranger et cela pendant des siècles. Introduits dans un système de souffrance, ils ne pouvaient en sortir que par la mort. C'est donc un génocide.
Que signifie le mot Agnonlètè et pourquoi l’avez-vous choisi comme titre de votre ouvrage?
J'ai demandé à une amie béninoise un nom en langue fon signifiant "tu es belle". Quand elle m'a répondu, j'ai entendu et transcrit "Agnonlètè".
J'ai voulu à travers ce nom célébrer la Femme Africaine vertueuse, au teint foncé et aux cheveux laineux pour que triomphe la beauté naturelle que donne la mélanine. Dans ce roman, je milite pour le teint naturel des femmes noires, les cheveux crépus et les formes gracieuses que nous sommes les seules à posséder.
J'ai également souhaité présenter une image de beauté de force et de noblesse pour attirer l'attention du lecteur sur une réalité: les femmes africaines sont des guerrières qui mènent plusieurs nobles combats à la fois.
Votre Héroïne est une femme noire et forte qui fait face à un roi. Bien que l’intrigue de votre roman soit dans le passé, elle n’est pas moins d’actualité car l’héroïne a le bagout de dire non à un roi chose difficile à croire même de nos jours où les faits divers sur des mœurs d’abus d’autorité font fureur. En construisant cette intrique quelle était votre objectif faire du militantisme féministe ou juste promouvoir l’équité?
En construisant cette intrigue j'ai souhaité montrer que, quelle que soit la puissance d'un homme, une femme n'est jamais obligée de lui céder si elle ne souhaite pas se lier à lui. Il est possible de dire "non" pour conserver sa dignité. C'est une valeur qui mérite bien d'être soulignée car de nos jours, on prête trop d'importance à l'argent et au pouvoir.
Votre Héroïne rencontre une autre femme forte du continent la reine Nzinga du Congo chez qui elle se réfugie pour créer une escouade féminine qui combattra auprès de la reine contre les portugais en réalisant cette rencontre dans votre ouvrage qu’elle message avez-vous voulu passer?
En menant Agnonlètè chez la reine N'Zinga M'Bandé du ND'ongo et du Matamba, j'ai tenu à rendre hommage à une reine d'Afrique que j'admire entre toutes. J'estime qu'on ne parle pas assez d'elle (ni des autres souveraines africaines) dans la littérature et au cinéma. Je déplore surtout leur absence à toutes dans les livres d'histoire des élèves et étudiants africains. N'Zinga M'Bandé, en particulier, a combattu les européens. Par son génie militaire, elle les a vaincus, les a empêchés d'envahir son territoire. Jamais elle n'a été leur vassal, toute sa vie elle a traité d'égal à égal avec eux. Ses stratégies politiques, ses astuces en diplomatie lui ont permis de manipuler ses redoutables ennemis venus du Portugal et des Flandres. Elle les a tenus en échec, c'est une figure féminine de la résistance africaine face à l'esclavage. Le message que je souhaite véhiculer est la nécessité de promouvoir tous les grands souverains et les civilisations d'Afrique dans les programmes scolaires et universitaires. Nos jeunes doivent connaitre leur Histoire.
En dehors du féminisme votre ouvrage est aussi une leçon de géopolitique qui tend à promouvoir le panafricanisme car dans l’ouvrage on se rend bien compte que le manque d’unité pour combattre l’envahisseur esclavagiste a fait défaut lors des siècles passés. On a l’impression de dire que l’histoire se répète sous nos yeux aujourd’hui?
Véronique Diarra : Les africains ont encore du mal à réaliser l'union qui fera leur force dès qu'elle sera réalisée. Les uns semblent manquer de foi, les autres de courage, certains sont englués dans leurs mauvaises habitudes et les derniers, trop préoccupés par leurs soucis quotidiens n'ont pas encore pris conscience du potentiel de leur continent. Mais une jeune génération se lève, fait des émules et va saisir le flambeau.
Flashmag January 2020 www.flashmag.net